LE PARDON

Simone Weil, extrait de La pesanteur et la grâce : ‘Impossible de pardonner à celui qui nous fait du mal, si ce mal nous abaisse. Il faut penser qu’il ne nous abaisse pas mais révèle notre vrai niveau. Si quelqu’un me fait du mal, désirer que ce mal ne me dégrade pas, par amour pour celui qui me l’inflige, afin qu’il n’ait pas vraiment fait du ma

Lorsque l’autre me blesse : je souffre et il ne s'agit pas de nier la douleur. C'est pourquoi, la seule marge de manoeuvre dont je dispose réside dans la manière dont je choisis de vivre ce qui m'est donné d’éprouver.

L’ego réclame vengeance, pousse au jugement, désigne l’autre comme l’ennemi dont il faut désormais se protéger, il devient le coupable à punir voire rejeter. La vexation prend tant de place que j'en oublie tout le positif vécu avec l’autre pour le réduire soudainement à son faux-pas, qui me le rend méprisable. L’autre ne saurait être différent de ce que j'avais projeté sur lui. La désillusion est à la hauteur de mes attentes. 

Emporté par une déception souvent démesurée, le mental s’emballe et rien n'arrête la rancoeur qui bouillonne en moi. Il va me falloir extérioriser ce qui hurle à l’intérieur. Deux attitudes sont alors communément adoptées : faire à mon tour du mal à l’autre afin qu’il souffre autant que moi (médisance, insulte ou agression physique afin de décharger ce qui fait tension pour trouver un apaisement momentané), ou endosser le costume de la victime pour engendrer de la pitié autour de soi. Ces deux postures hélas renforcent l’égrégore du mal par davantage d’énergie basse. 

L’ alternative consiste à se donner un temps pour éviter toute réactivité. C’est à ce prix qu’il reste possible de garder du discernement. Sans nier ce qui a été vécu, je m'accorde le recul nécessaire pour ressentir où et comment ça fait mal. Il est trop tôt pour exprimer objectivement le mal qui a été fait. C’est le moment en revanche d’observer ce que l’événement fait résonner : la part de soi qui remonte à la surface à travers l’inconfort qui m'est donné à endurer.

En ayant pris conscience, je comprends que ‘ma’ souffrance parle finalement de moi plus qu’elle ne parle de l’autre. Je ne saurais peut-être jamais ce qui l’a poussé à agir comme il l’a fait mais avec le recul, je peux faire le choix de ne pas fossiliser ma douleur. Cela n'est possible qu'à condition de réaliser que c’est mon interprétation de l’événement et ce qu’elle fait ressurgir en moi qui alimente vraiment ma souffrance.

Se peut-il que quelque chose en moi ait été fortement stimulé et demande de l’aide ? S’en remettre à la grâce, pour que s’apaise ce que je ne saurais gérer par-moi-même. Simone Weil écrit ‘pour avoir la force de contempler le malheur lorsqu’on est dans le malheur, il faut le pain surnaturel.’

Lâcher le petit ego qui demande réparation afin de se relier à une essence plus vaste, plus aimante, plus consciente. Ainsi un ré-ensoleillement intérieur me sera accessible, petit à petit. Sans cette étape, il reste impensable de m’adresser à l’autre depuis une vibration haute. 

En revanche, si je laisse se faire ce retournement intérieur, m'est-il réellement possible d'affirmer n'avoir jamais commis de faux-pas envers autrui ? L'imperfection de l'autre ne me rappelle t'elle pas l'ordinaire de ma propre 'humanité'

Et si je commençais par me pardonner de n'être 'que' moi-même ? Osant réconcilier ce qui en moi aspire à la droiture et ce qui s’accommode parfois d’actes moins honorables… 

Pour accéder à une compassion sincère, qui contribuera à élever le débat : je dois déjà reconnaitre que l'autre... c'est moi. Considérant l’autre comme un être assurément aussi sacré que moi, je ne peux pas souhaiter le dégrader. 

Au soir de notre vie, il nous sera demandé : ‘Qu'as-tu fais de ce coeur que je t’avais donné pour aider tes frères à vivre ? Qu’as-tu fais de ce coeur que je t’avais confié pour apprendre à aimer ? De qui as-tu guéris la blessure ? Nous sommes sur terre pour apprendre le goût de l’autre. Mais qu’allons-nous devenir si nous n’avons appris qu’à lui tourner le dos ?’ Stan Rougier, extrait de Quand l’amour se fait homme.

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